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Les estimations sont fausses, et ce n'est pas un problème de rigueur

Par · · 6 min de lecture

On sous-estime systématiquement, y compris en le sachant, y compris en ayant déjà fait la même chose. Autant en tenir compte plutôt que d'essayer de mieux estimer.

C'est un phénomène connu et documenté : les estimations de durée sont optimistes de façon persistante, et le fait d'en avoir conscience ne les corrige pas.

Pourquoi

On estime en se représentant le déroulement nominal — celui où rien ne s'intercale. Or ce déroulement n'a jamais lieu : il y a les interruptions, les dépendances, les allers-retours, les imprévus qui, pris un par un, semblent exceptionnels et qui, collectivement, sont certains.

S'ajoute une pression sociale : une estimation longue est mal reçue, ce qui pousse à annoncer le cas favorable.

On n'estime pas la durée d'une tâche. On estime la durée de sa version idéale, qui n'arrive jamais.

Ce qui aide un peu

Ce qui n'aide pas

Demander de « mieux estimer », ce qui n'a aucun effet documenté. Et appliquer un coefficient multiplicateur secret : il est rapidement intégré par ceux qui estiment, qui ajustent leurs annonces en conséquence.

Ce qui compte plus que l'estimation

La capacité à constater tôt qu'on dérive et à en informer. Un dépassement annoncé au tiers du chantier laisse des options ; le même annoncé la veille de l'échéance n'en laisse aucune.

Ça suppose un climat où annoncer un retard n'est pas coûteux — ce qui est une question de management bien plus que de méthode d'estimation.

Portrait de Thomas Mercier

Rédacteur · Gestion de projet & productivité

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